La sécurité et la profession
d'ingénieur au canada
Les événements
tragiques du 11 septembre 2001 sont à jamais gravés
dans nos mémoires. Nous garderons le souvenir indélébile des images de mort et
de destruction que nous avons vues à la télévision ce terrible jour et dans les
semaines qui ont suivi. La sécurité des gens et des lieux est depuis devenue
une priorité de premier ordre dans les programmes de nombreuses nations. Après
un bref survol des initiatives américaines et canadiennes en matière de
sécurité, ce document traite de la responsabilité et des rôles potentiels des
ingénieurs canadiens dans la protection de la société contre le terrorisme.
INITIATIVES AUX
ÉTATS-UNIS
Le 20 septembre 2001, les présidents des (US) "National
Academies" (qui comprennent la "National Academy of Engineering") ont écrit
au président Bush pour lui faire part du rôle actif que les ingénieurs sont
prêts à jouer dans la « guerre au terrorisme ». Les initiatives proposées dans
cette lettre portaient en grande partie sur la question de sécurité, par
exemple, « faciliter une participation plus concertée et mieux coordonnée de la
communauté scientifique et technologique dans l'évaluation des menaces,
l'élaboration de contre-mesures et la mise en oeuvre d'interventions à la suite
d'incidents terroristes. » Un comité des "National Academies" a ensuite
préparé un cadre pour l'application de la science et de la technologie à
l'évaluation des menaces. Ce rapport, intitulé
"Making the Nation Safer: The Role of Science and Technology in Countering
Terrorism", a été publié en juin 2002. En plus
d'établir le contexte, ce rapport présente des recommandations techniques dans
neuf domaines: les menaces nucléaires et radiologiques, les systèmes humains et
agricoles de santé, les produits chimiques toxiques et les matériaux explosifs,
la technologie de l'information, les systèmes énergétiques, les systèmes de
transport, les villes et les infrastructures fixes, la réponse de la population
au terrorisme, ainsi que les systèmes complexes et interdépendants. On peut
consulter ou télécharger le rapport intégral en format PDF, incluant le résumé
analytique, sur le site Web www.nap.edu/catalog/10415.cfm.
INITIATIVES AU
CANADA
La Société royale du Canada a organisé un symposium sur la
recherche et la sécurité les 9 et 10 mai 2002. Les participants comprenaient
des représentants des National Academies, des universitaires et des hauts
fonctionnaires canadiens, ainsi que plusieurs membres de l'Académie canadienne
du génie.
Ce symposium avait pour objectif d'examiner les questions de
sécurité clés découlant des événements du 11 septembre, et d'examiner les défis
et les opportunités de recherche sur ces enjeux. Des informations sur les
sujets de recherche proposés lors du symposium, englobant les aspects
technologiques, sociétaux et culturels, et incluant l'éducation et la formation,
sont disponibles sur le site Web de la Société royale à
www.rsc.ca/english/research/html.
Le gouvernement fédéral a par ailleurs lancé une Initiative
de recherche et de technologie (IRTC) chimiques, biologiques, radiologiques et
nucléaires (CBRN). Cette initiative interministérielle vise à accroître la
capacité du Canada à prévenir les attaques CBRN ou à réagir à de telles attaques
en appuyant de nouveaux investissements en recherche et en technologie. L'IRTC
est chargée de coordonner un fonds quinquennal de 170 millions de dollars pour
accroître les connaissances et développer des technologies, pour appuyer
l'application de ces connaissances et technologies, et pour renforcer les
capacités existantes. Des renseignements plus détaillés sur l'IRTC et les
projets qu'elle finance sont disponibles sur le site Web de l'IRTC à
www.crti.drdc-rddc.ca.
LA RESPONSABILITÉ DES INGÉNIEURS
Le CCI
définit l'exercice de la profession d'ingénieur comme suit :
« consiste à préparer des plans, des études,
des synthèses, des évaluations et des rapports, à donner des consultations, et à
diriger, surveiller et administrer les travaux précités, lorsque cela exige
l’application des principes d’ingénierie et est associé à la protection de la
vie, de la santé, de la propriété, des intérêts économiques, de l’environnement
et du bien-être public ».
Selon cette
définition, il est très clair que l'application des principes du génie dans la
préservation de la vie, de la santé, de la propriété, des intérêts économiques
et du bien public est une responsabilité de l'exercice de la profession
d'ingénieur. Il est donc approprié que la communauté du génie contribue son
expertise et son savoir-faire à cet effort tant au niveau national
qu'international.
RÔLES ET OPPORTUNITÉS
DES INGÉNIEURS
La communauté du génie peut apporter une
contribution importante à l'élaboration et à l'évaluation d'avenues possibles
pour aborder les questions de sécurité canadienne en tenant compte à la fois des
dimensions technique et économique. Quelques-unes de ces questions sont décrites
brièvement. Elles visent à stimuler les discussions et ne prétendent pas être
représentatives des enjeux les plus importants.
La vulnérabilité de notre infrastructure urbaine au
terrorisme mérite aussi une attention particulière. Autant il n'est pas
économiquement faisable de prévenir l'effondrement de bâtiments situés à
l'épicentre d'un séisme dévastateur, il n'est probablement pas économiquement
faisable de construire des bâtiments qui résisteront à un acte de terrorisme.
Par contre, l'amélioration de certaines caractéristiques, comme la résistance au
feu, peut considérablement réduire le risque de perte de vies. Une autre
dimension importante relative à l'infrastructure est la protection des réserves
d'eau potable dans nos villes. La récente catastrophe de Walkerton a démontré
la vulnérabilité de ces réserves ainsi que les conséquences tragiques d'une
contamination de l'eau potable.
Les systèmes d'alimentation en énergie, de communication et
d'information sont également vulnérables au terrorisme. La crise du verglas au
Québec et dans l'Est de l'Ontario il y a quelques années illustre bien les
conséquences sérieuses de bris majeurs dans notre réseau d'alimentation
électrique.
L'agriculture et la chaîne alimentaire ne sont pas l'abri non plus. En
plus d'être essentielle pour la population, la protection de notre industrie
alimentaire revêt aussi une importance économique pour plusieurs régions du
pays.
Les
connaissances et l'expérience acquises dans la prévention et la gestion de
catastrophes naturelles et technologiques, incluant la préparation aux
situations d'urgence et les mesures d'intervention, peuvent et devraient être
utilisées pour réduire la vulnérabilité du public aux actes de terrorisme. Par
exemple, les ingénieurs qui travaillent au rétablissement de services essentiels
(lignes de transport d'énergie, pipelines et systèmes de transport...) à la
suite de séismes ont développé des approches et des techniques de conception qui
réduisent considérablement la vulnérabilité de ces systèmes.
MESURES PRÉVENTIVES
Les mesures préventives comprennent l'élimination des
facteurs environnementaux qui nourrissent le mécontentement et qui peuvent,
directement ou indirectement, mener à des actes de terrorisme. Ces facteurs
sont principalement la pauvreté et la maladie. Au Canada, la communauté des
ingénieurs a l'occasion, voire la responsabilité, de participer à la lutte
contre la pauvreté à l'échelle internationale par l'application de notre
savoir-faire scientifique et technologique dans des secteurs clés comme
l'approvisionnement en eau potable dont le manque est un important facteur
contribuant aux problèmes de santé. D'autres importants facteurs comprennent le
logement abordable, des sources d'énergie exploitables, des améliorations à
l'agriculture (incluant le stockage et le transport de produits alimentaires),
ainsi que le développement d'infrastructures urbaine et rurales.
QUE PEUT FAIRE
L’ACG?
L'Académie canadienne du génie peut contribuer à la question
de sécurité à plusieurs niveaux. Dans ses relations avec le gouvernement du
Canada, de concert avec d'autres académies canadiennes, l'ACG peut stimuler
l'adoption de politiques qui reconnaissent le rôle de la science et de la
technologie dans l'élaboration d'approches et de solutions. Par exemple, elle
peut collaborer au développement de recherches appropriées par ses travaux avec
le CRSNG et avec la communauté des ingénieurs et des scientifiques dans les
universités canadiennes. L'Académie peut encourager les organisations de génie
des secteurs privé et public dans leurs propres activités nationales et
internationales.
QUE PEUVENT FAIRE
NOS MEMBRES?
Par leurs organisations et leurs contacts, les membres de
l'Académie peuvent influencer le développement, la planification et l'exécution
de projets qui diminueront la vulnérabilité de divers systèmes. Nous pouvons
veiller à ce que les dimensions technologiques, économiques et sociétales aient
une pondération et une considération appropriées dans de tels projets. Il est
particulièrement important que les concepts fondamentaux visant la réduction de
la vulnérabilité soient inclus dans la planification initiale de ces projets.
La présentation ci-dessus est une publication de l'Académie canadienne du génie, dont les membres offrent bénévolement au public canadien des renseignements fiables et à propos sur des questions importantes pour la sécurité, la santé et la
politique publique.
Rédacteur: Arthur Heidebrecht
Tél: (905) 628-8726
heidebr@mcmaster.ca
Directeur général: Philip Cockshutt
180, rue Elgin, pièce 1100
Ottawa (Ontario) K2P 2K3
Tél: (613) 235-9056
acadeng@ccpe.ca
Questions de génie -- No 9, Décembre 2002
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