LA PROTECTION
DU PUBLIC ET DE L'ENVIRONNEMENT
–
UNE
RESPONSABILITÉ DES INGÉNIEURS CANADIENS
–
De nombreux enjeux
se présentent à la profession d'ingénieur au Canada: une préoccupation
accrue du public à l'égard de la santé, de la sécurité et de
l'environnement, les rôles croissants des ingénieurs, une interaction accrue
avec d'autres professions et occupations, la diminution des exigences en
matière de réglementation professionnelle (particulièrement en génie
informatique et en génie biologique qui sont des domaines en pleine
croissance) et la remise en question, par certains ingénieurs employés, de
la valeur de l'appartenance à un organisme de réglementation professionnel.
Face à cette
situation, l'Académie canadienne du génie a entrepris une étude des domaines
où la profession d'ingénieur peut évoluer pour accroître son autorité et les
services qu'elle procure au public. Acceptant, sans en faire l'énumération,
les nombreuses contributions et réalisations de l'ingénierie, le rapport
d'étude se concentre sur la profession elle-même. L'étude conclut que la
plupart de ces préoccupations peuvent être résolues en mettant en évidence
la raison essentielle de l'existence d'une profession accréditée
d'ingénieur, et en s'assurant ainsi que les bénéfices des activités
d'ingénierie sont appuyés par des mesures appropriées de protection de la
santé, de la sécurité et du bien-être du public, et de défense de
l'environnement.
Ce rapport a été
principalement produit pour stimuler la discussion et l'action par les
ingénieurs au Canada et, plus particulièrement, par les conseils et les
comités des associations provinciales et territoriales et l'Ordre des
ingénieurs du Québec, ainsi que par leur organisme coordonnateur, le Conseil
canadien des ingénieurs.
Le rapport
recommande qu'une clause d'acceptation de la responsabilité soit incluse
dans la définition légale de l'exercice de la profession d'ingénieur et que
les employeurs attribuent la responsabilité à un échelon d'ingénieurs
qualifiés dans le cadre de tout projet d'ingénierie qui implique un risque
potentiel à la santé, à la sécurité ou à l'environnement, que les produits
ou services soient fournis directement au public ou par l'entremise du
marché. Une telle attribution de la responsabilité serait requise pour les
entreprises qui fournissent des services dont la déficience pourrait avoir
des conséquences graves sur la vie et la propriété. D'autres entreprises
dont les activités peuvent entraîner des effets adverses devraient aussi
être encouragées à adopter une approche volontaire à l'attribution de
responsabilité.
Sur le plan
individuel, les ingénieurs à l'emploi d'entreprises sont encouragés à
s'acquitter volontairement de leur devoir envers le public en signalant à
leurs employeurs tout risque d'effet adverse. Si une telle situation mène à
un conflit entre l'employé et l'employeur, on recommande qu'elle soit
référée à l'association ou à l'ordre de l'employé pour résolution afin
d'éviter les cas de dénonciation individuels.
Pour faciliter
l'interaction accrue entre les ingénieurs et des coéquipiers appartenant à
d'autres
professions et
disciplines, il est recommandé de négocier des ententes de coopération avec
les organismes appropriés. Ces ententes doivent permettre aux ingénieurs de
s'acquitter de leur responsabilité au plan de la protection du public.
La profession
d'ingénieur au Canada est mondialement reconnue pour la qualité de sa
réglementation et de son auto-gestion, de même que pour la compétence de ses
membres. Les propositions et les recommandations de ce rapport visent à
mettre en valeur l'envergure, la pertinence et la perception de la
profession, de même que les services qu'elle procure au public. Cet
objectif sera atteint par une plus grande acceptation de la responsabilité
particulière des ingénieurs envers le public en matière de santé, de
sécurité et d'environnement.
En faisant ces
recommandations, l'Académie canadienne du génie reconnaît que plusieurs de
ces enjeux ont déjà fait l'objet de discussions au sein des
associations/ordre et du Conseil canadien des ingénieurs. Nous espérons
toutefois que les vues d'un organisme externe indépendant comme l'Académie
canadienne du génie aideront à promouvoir les discussions et faciliteront la
prise d'actions. L'Académie est toujours disposée à fournir son appui de
toute manière qui serait considérée appropriée.
Le rapport intégral
peut être téléchargé
en format .pdf
RECOMMANDATIONS
A
Afin de
clarifier le rôle protecteur de la profession d’ingénierie pour le public et
pour les ingénieurs, l’Académie recommande:
Que le rôle des
ingénieurs comme protecteurs de la santé et de la sécurité du public et de
l'environnement reçoive une
attention
particulière dans l'évolution de la profession d'ingénieur au Canada. [1]
Que le Conseil
canadien des ingénieurs (CCI) et les associations lancent une vaste
campagne
d'information sur l'engagement social que leurs membres ont accepté en
adhérant à leur code de déontologie.
[2]
B Afin d’établir
une définition légale pour la profession d’ingénieur qui sera adéquate pour protéger
le public, l’Académie recommande:
Que les
associations, par l'entremise du CCI, collaborent à l'établissement d'une
définition légale
type de l'exercice de la profession d'ingénieur, que cette définition
contiennent les domaines à
protéger dans la définition du CCI et qu'elle incorpore un énoncé spécifique relatif à
l'acceptation de la responsabilité. [3]
Que la législation
soit clarifiée, au besoin, pour que la responsabilité des travaux
d'ingénierie considérés comme importants pour la santé et la sécurité du
public, ainsi que la
durabilité de l'environnement, soit réservée aux ingénieurs, que les travaux
soient réalisés
directement ou non pour un client du secteur public. [4]
C Afin de
réaliser un programme de protection du public pour les ingénieurs oeuvrant dans
l’industrie, l’Académie recommande:
Que les
associations encouragent les entreprises qui doivent détenir un permis ou un certificat
d'exercice de la profession attribuent la responsabilité des travaux
d'ingénierie à un échelon
d'ingénieurs qui possèdent les compétences appropriées. [5]
Que les
associations prennent les mesures requises pour s'assurer que la
responsabilité de travaux
d'ingénierie soit attribuée à des ingénieurs qui possèdent les compétences
requises dans les
entreprises qui offrent des produits et des services qui sont jugés
critiques pour la santé et
la sécurité du public et la protection de l'environnement. [6]
Que les
associations, sous la coordination du CCI, lancent une campagne pour
démontrer aux
entreprises liées à l'ingénierie les avantages de l'observation volontaire
de la
réglementation visant la protection du public par la responsabilisation
d'ingénieurs. [7]
Que les
associations encouragent les ingénieurs oeuvrant dans l'industrie d'accepter
volontairement la responsabilité, envers le public, de prévoir l'impact de
leurs activités
professionnelles et d'informer leurs employeurs des risques potentiels. [8]
Que les
associations encouragent les ingénieurs à négocier avec leurs employeurs,
individuellement ou en groupes, des ententes ou des contrats qui tiennent
compte du principe
de responsabilité envers le public. [9]
Que les associations
établissent des processus de médiation et d'intervention et qu'elles
appuient les ingénieurs qui ont des conflits avec leurs employeurs sur des
questions de responsabilité envers le bien-être public, et qu'elles assument
la responsabilité de la protection du public lorsque nécessaire.
[10]
D Afin
d’assurer et d’améliorer la protection du public dans des domaines partagés,
l’Académie recommande:
Que les
associations, sous la coordination du CCI, négocient des ententes de
juridiction partagée
dans des domaines d'intérêt public qui sont communs à au moins deux
professions
réglementées. [11]
Que, dans
l'intérêt du public, les associations s'assurent que les ingénieurs prennent
un rôle dominant
dans les projets ayant une composante d'ingénierie et qui sont réalisés avec
des membres de
professions non réglementées lorsque ces projets peuvent affecter la santé,
la sécurité
ou l'environnement. [12]